On pense acheter de la viande séchée

« On pense acheter de la viande séchée » : pourquoi l’os en peau de buffle est en réalité un déchet indigeste ?
Source Ouest France du 30/01/2026
Derrière l'étiquette « naturel » se cachent des chutes de cuir industriel blanchies à la javel
Vous pensiez offrir une récompense saine et naturelle à votre chien pour l'occuper pendant des heures alors que le froid de ce mois de janvier 2026 nous pousse à rester au chaud ? Détrompez-vous. L'image d'Épinal du chien rongeant son os au coin du feu prend une tournure bien moins bucolique lorsqu'on analyse la composition réelle de ces produits. Ce fameux os en « peau de buffle », à l'aspect rustique et vendu dans toutes les animaleries ou supermarchés, cache un secret de fabrication peu ragoûtant qui tient bien plus de la maroquinerie chimique que de la boucherie traditionnelle. Il est grand temps de lever le voile sur cette aberration alimentaire que beaucoup de propriétaires achètent en toute bonne foi.
Il est assez fascinant, voire inquiétant, de voir avec quelle facilité le terme « naturel » est apposé sur des emballages de produits ultra-transformés. Ce n'est absolument pas de la viande séchée. En réalité, ces os à mâcher, souvent appelés « rawhide », sont fabriqués à partir de la couche interne de la peau des bovins. Pour être tout à fait clair : il s'agit d'un sous-produit de l'industrie du cuir. Avant d'arriver dans la gueule de votre chien, cette matière était potentiellement destinée à devenir un siège de voiture de luxe ou un sac à main, avant d'être écartée comme déchet.
Le processus de transformation ferait pâlir n'importe quel nutritionniste. Pour séparer cette couche de peau et la débarrasser des poils et de la graisse, les fabricants ne font pas dans la dentelle. La peau subit un bain chimique agressif, souvent à base de chaux vive ou de sulfure de sodium. Mais ce n'est que le début. Pour obtenir cette couleur blanche immaculée qui rassure le consommateur, la matière est littéralement lavée à l'eau de Javel ou au peroxyde d'hydrogène. Enfin, pour donner cette forme d'os faussement parfaite aux extrémités nouées, on utilise diverses colles et colorants artificiels pour rendre l'ensemble attractif. On est donc face à un cocktail toxique qui n'a plus rien de naturel.
Une fois avalée, cette matière caoutchouteuse ne se digère pas et menace la vie de votre animal
Le problème majeur, au-delà de la toxicité chimique résiduelle, réside dans la mécanique même de la digestion. Contrairement à une véritable viande séchée ou à un cartilage qui se dégrade sous l'action des enzymes digestives, le cuir traité agit différemment. Une fois dans l'estomac, il subit ce que l'on pourrait appeler l'« effet éponge ». La matière gonfle sous l'action des fluides gastriques, devenant une masse gluante, caoutchouteuse et particulièrement résistante, que l'organisme du chien est incapable d'assimiler correctement.
Cette masse indigeste représente une urgence vitale potentielle. Le risque le plus immédiat est l'étouffement : la texture glissante et molle peut se coincer dans l'œsophage lors de la déglutition, bloquant les voies respiratoires. Si le morceau passe l'estomac, il peut alors provoquer une occlusion intestinale sévère. C'est un scénario classique en clinique vétérinaire : un chien abattu, qui vomit, et dont l'intestin est bloqué par un bouchon de cuir non digéré. Dans ces cas-là, la chirurgie est souvent la seule issue pour sauver l'animal d'une nécrose intestinale fatale.
Ne jouez plus à la roulette russe et remplacez ce déchet par de véritables friandises comestibles
Il est impératif d'apprendre à déjouer le marketing parfois trompeur de l'industrie du « petfood ». Pour protéger la santé de votre compagnon, il faut savoir distinguer visuellement le cuir tanné artificiel de la vraie mastication. Un os en peau de buffle se reconnaît à sa couleur souvent trop blanche ou uniforme, sa texture lisse et dure comme du plastique, et sa forme manufacturée (souvent un tube avec deux nœuds aux bouts). Si le produit ressemble à une chaussure qu'on aurait blanchie, c'est qu'il faut le laisser en rayon.
Heureusement, il existe des alternatives saines, monoprotéines et 100 % digestes pour satisfaire le besoin masticatoire du chien, qui est essentiel pour son équilibre mental et son hygiène dentaire. Voici quelques options bien plus recommandables :
Le bois de cerf : Une solution naturelle, très dure, riche en minéraux et qui ne se divise pas en éclats dangereux.
Le nerf de bœuf : Une friandise séchée très appétente qui se ramollit progressivement sans gonfler.
Les oreilles de porc ou de bœuf : Des classiques, plus gras, mais totalement digestes si elles sont de bonne qualité.
Le fromage de yak : Une barre de fromage durci très résistante et naturelle.
Pour la sécurité de votre chien, le meilleur conseil reste le plus radical : jetez immédiatement ces os en cuir recomposé à la poubelle. La mastication doit rester un plaisir sans risque, pas un danger mortel déguisé en friandise.
La vigilance est donc primordiale face aux rayons d'animalerie qui regorgent de produits aux emballages séduisants mais au contenu douteux. Privilégier des produits bruts, peu transformés et dont l'origine est traçable constitue la meilleure protection pour nos compagnons à quatre pattes. Si nous sommes attentifs à la composition de notre alimentation, il est tout aussi essentiel de l'être pour ceux qui partagent fidèlement notre quotidien.